POÈMES SAHARIENS


POÈMES SAHARIENS


Gérald BLONCOURT est l'un des premiers journalistes à avoir  suivi la guerre menée par le Front Polisario  contre les troupes marocaines au Sahara Occidental. Armé de ses seuls appareils photographiques et de son stylo il a  vécu, lors de son premier voyage, au milieu des combattants et de ces ethnies, durant un mois. Il a écrit ces poèmes, dédiés à Nedjma , sur un cahier d'écolier, entre les dunes, les convois de réfugiés, entre les brûlés des bombardements au napalm et les accrochages militaires, sous les regards-oasis des enfants orphelins, au milieu des visages graves des femmes-soldats, dans le ventre chaud de sable du Sahara . Son témoignage sur cette sale "guerre  oubliée" est l'un de ceux qui ont fait prendre conscience à l'opinion publique, de ce drame qui se déroulait à quelques kilomètres de la conscience mondiale.


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                                                                                à Nedjma




pour faire Nedjma


Il faut une palme
           un peu d'eau
il faut du sable fin
           très doux
il faut du soleil
           des dattes
           du thé
il faut un port de reine
           un rire clair
il faut aussi une petite larme
           de temps en temps seulement
           bien sûr
il faut surtout ses mains
           ses doigts agiles
           et frêles
il faut une petite pointe
           d'humour
beaucoup de tendresse
ne pas oublier quelques fleurs
           les plus petites
           mais les plus belles

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Pour voir mes images du Sahara cliquez ci-dessous :

http://www.bloncourt.net/pictures/polisario/index.html

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poème en guise
de bonsoir


Par la fenêtre
tu es entrée
en riant

Puis
tu t'es assise
sur mon lit

Tu m'as reproché
de t'avoir télé-pensé
jusqu'à Paris
avenue de Versailles
 
Tu m'as grondé
de tévoir télé-klaxonné
d'avoir télé-monté
l'escalier qui mène
chez toi

Puis tu m'as pris la main

Tu étais joyeuse
heureuse
émerveillée que j'ai pu ainsi
sans crier gare
te télé-guider
jusqu'à Alger

Tu télé-visais
les moindres recoins
de ma chambre
et de mon équipement

Tu télé-scrutais
mon âme

Et puis d'un coup
tu t'es trouvée
télé-blottie
au creux de mon coeur
bien au chaud
étonnée
tiède
souriante

Tu as fermé
les yeux
et je t'ai télé-glissée
dans ton lit
télé-calinée

mon amour...

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28 Avril 1976

Minuit...
Alger respire encore...
La nuit moite n'arrive pas
à étouffer tous les bruits...
Pourtant je perçois le frôlement
des feuilles
dans l'étonnant et merveilleux
jardin
où se blottit
l'hôtel...

Parmi mes étoiles
qui se bousculent
là-haut,
il en est une,
à laquelle j'ai donné ton nom...

Je reviens des ruelles
à n'en plus finir

Je remonte de la foule
d'où émergeait de temps en temps
une femme voilée
mystérieuse...
...peut-être toi...

Alger respire encore
lourde d'Histoire...
Encore un jour à mettre en compte...

Alger-escale
Alger-transit
Alger-la-Blanche
Alger avant Tindouf...

...Bientôt le sable chaud
l'odeur-pétrole du napalm
des corps sans vie
les yeux vides
ouverts sous un ciel trop bleu
les détonnations sèches
des armes automatiques
les explosions sourdes
                                       fracassantes
                                       coléreuses
Un cri d'homme
           deçi-delà
et le silence pesant
           étouffant
           désavoué...

Des fleurs!!!
           il me faut de fleurs
           plein les mains
                         et la tête
           plein le coeur
           plein les poumons
des fleurs à respirer
           à mettre en pot
                         en terre
                         en gerbe

La nuit s'ouvre
               comme une femme
               douce
               immense...

C'est une veillée d'armes

Alors on pense
         on compte
         on additionne
         on se souvient
         on regrette
         on s'en veut
         on s'en fout
         on comprend...
On aime surtout
on aime grand
         comme le vide
         qui vous guette...
         sans crainte
         sans maudire
         sans médire
         sans rancune
         sans façon...
On aime tranquillement
         gentiment

Alors Toi
         dis à toutes et à tous
         qu'ils sont ce soir
         à la fête
         dans mon coeur...
que c'est pour eux
que je suis là
pour eux
et tous les autres
         que je ne connais pas
         que je ne sais pas nommer
         que je ne peux pas nommer
         que je ne veux pas nommer

       ...Pour eux
         pour Toi
         pour moi
         afin de voir
                de dire
                de crier...

Qu'ils sachent que c'est là
         ma vie
         mon métier
         mon urgence
         ma force
         ma responsabilité
         ma dignité...
Il monte de la ville
         un souffle d'homme
         une plainte de femme
         un sommeil d'enfant...

Il monte de la ville
         un peu de mon pays
         de ses cannes à sucre
         de ses cayes
         comme une odeur de tafia
         comme un fond de tam-tam

Il monte de la ville
des souvenirs d'ébène
              de gaillac
              de manguier
              des rires
              des claques dans le dos
              des tremblements de terre
              des palmiers et des lianes
              des sapotilles
              des quénêpes
              des corossols
              des mangots
              des cachimans
              des cassaves
              des boborits et du clairain

Il monte de la ville
                   l'amidon
                   l'akassan
                   le sirop
                   les goyaves
                   le piment doux
                   et le choux palmiste

Il monte de la ville
                   la rivière Moreau
                   aux écailles d'argent
                   Bainet, Jacmel,
                   Marigot, Pétionville,
                   Kenscoff, Furçy,
                   et le Morne Bourette
                   et le Bassin-Bleu.

Il monte de la ville
                   le Morne l'Hôpital
                   et le Fort Mercredi
                   et Port-au-Prince
                   et son Ile de la Gonâve
                   et ses quartiers
                   Turgeau, Lalue,
                   la ruelle Piquant...

Il monte de la ville
                   les Cinq Glorieuses
                   de Janvier 1946

Il monte de la ville
                   mon sang caraïbe

Il monte de la ville
                   Jacques Stephen Alexis
                    René Depestre
                    Kesler Clermont
                    Gérard Chenet
                    et tous les autres
                    mes frères

Il monte de la ville
                    la grève de Trieux
                    les voix de St-Nazaire
                    les courées de Roubaix
                    les corons de Béthune
                    les dockers du havre
                    les défilés de la Bastille

Il monte de la ville
                    les oeillets de Lisbonne
                    les deux frères de Ceuta
                    l'affiche de Madrid...

La nuit s'efface
                un jour s'en vient...

dans la foule des hommes
                prend ta place
                et
                marche...

                                                                Alger 1976



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Je crois en toi...


Je crois en Toi comme je
crois
               au fond des mers
               à l'écume et aux lacs
               à l'eau de pluie
               à l'eau des puits
                      et des fontaines
               à l'eau pour boire
               à l'eau goutte de rosée

Je crois en Toi comme je
crois
               à la terre
               à ses sillons
               à ses forêts
                      et à ses fleurs
               à ses montagnes
               à ses cimetières

Je crois en Toi comme je
crois
               aux épaules des
hommes
à l'intelligence des
femmes
               aux rires des enfants
               aux peuples différents
               à la fraternité
               à la Liberté

Je crois en Toi comme je
crois
               au jour et à la nuit
               au vent
               à la tempête
               aux saisons
               à la neige
               au Printemps

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poème dur


A écrire en grincent les dents
à écrire sans larmes
             sans faiblesse
             sans pitié

A écrire même devant les
             brûlés au napalm
             même devant les
             enfants fiévreux
             couverts de mouches

A écrire sans relâche
à écrire en affûtant
             en aiguisant
             son âme

A écrire en visant
à écrire lucidement
à écrire pour changer le
Monde
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Pour voir mes images du Sahara cliquez ici :


http://www.bloncourt.net/pictures/polisario/index.html


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poème tendre

A marquer d'un trait
           pour compter les jours
           les minutes des heures
           les secondes des
minutes
de chaque seconde
           qui aura passé
           pour te retrouver

A marquer d'un son
           pris à l'air
           que je chanterai
           quand je te verrai

A marquer des bras
          dont je t'entourerai
          quand je reviendrai

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poème nain


Je
t'
aime



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poème souple

A dire en dansant
           en sautant
           en courbant le dos
           pour sortir de la tente

A dire en courant
          d'une dune à l'autre
          en s'accroupissant
          pour boire le thé

A dire en luttant
          contre le vent de sable

A dire en glissant
          la nuit
          parmi les étoiles
          et les ennemis

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Ce soir est à Toi

C'est la tempête
            poussière
            vent
            bourrasques
            rafales
            les lames de fond du désert
            se déchaînent dans d'apocaplyptiques
            rugissements
            la flamme vacille
            se meurt
            renaît

mais ce soir est à Toi
         ce soir est à nous

je viens de vivre mille ans
            de misère
            de grandeur
            de dignité
            de politesse
            d'amitié

j'ai cueilli pêle-mêle
            émotions
            récits
            images

mais ce soir est à Toi
laisse-moi te l'offrir

Je voudrais être humble
            je voudrais porter
            sur mon dos
            la pauvreté du monde
            la terreur des enfants
je voudrais chasser toutes les mouches
            des plaies

Ce soir est à Toi
Ce soir est à nous
            mon amour

par-delà la distance
            allongée sur ton lit
            le coquillage de ton oreille
            entends
            ma voix

Je suis si près de Toi
            ce soir
            quelque-part
            où l'on meurt
            en pleine guerre
            oubliée

je suis là près de Toi
            quelque part
            pour vivre
            je suis là
            avec Toi...

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5 Mai 1976


L'odeur-pétrole du napalm
l'odeur du sable chaud
           qu'apporte le vent froid
l'odeur des silhouette
            et des murmures
            dans la nuit

Aujourd'hui
            des avions ont déchiré
            mon coeur
ils ont volé le temps
            respiré notre air
ils ont percuté la ligne d'horizon
            avant de tourner
            vers le soleil

j'ai su comment s'épelait
            le mot angoisse

Il est tard avenue de Versailles

Dors
mon amour
je veille sur toi...
    

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Les jours s'inventent
les heures s'oublient
chaque frisson de vent
             trace sa ligne

Rien n'est plus fort
             que le silence
rien n'est plus sûr
             que le désir de l'ombre

pas même l'oubli...

 

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Te fermer les yeux
          avec mes lèvres
te fermer le coeur
          pour que seul
          j'en sache les secrets
te fermer la bouche avec la mienne
t'ouvrir comme s'ouvre
          un bouton de rose
te respirer
t'appeler
te chanter
te jouer
          comme un violon
          avec l'archet de mon désir
te peindre
te sculpter
te récolter
          comme une grappe de raisin
te presser
te faire en vin
          pour te boire
          et m'énivrer
te mûrir encore au soleil
          pour te récolter à nouveau
te laisser couler la chevelure
          et m'y noyer
te dire enfin en tremblant
          presqu'en mourant
          je t'aime...

 

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Il est resté
les lèvres ouvertes
sans rancune
allongé sur le sable

Sa gandoura
avait une tâche
comme un hibiscus
vers l'épaule

Il était beau
la peau brûlée
par le soleil

Saïd Oualda
ne riera plus
il ne servira plus le thé
à son Ami...


 











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