POUR PROLONGER LE JOUR...





POUR PROLONGER LE JOUR
(1946- 1983)




Je dis merde à l'espace !...

                               (Février 1946  (Expulsé d'Haïti)
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L'Exil...

Ce matin là
il n'y avait
que le vide des voix-fantômes
par les rues de la ville
qu'on fusillait en moi

Il n'y avait
que l'écho des bruits
que l'ombre des uniformes
que la veille et les avant-veilles
de ce matin de Février
que le passé
que des lambeaux de souvenirs

Mon coeur meurtri
déchirait en cadence
des sentiments brûlés

Le monstre prit son essor
et du hublot
oeil étonné encore
ouvert sur Port-au-Prince
j'embrassais la rade, la Gonave,
le Morne l'Hôpital

L'horizon bascula
quand l'avion prit son cap...

et la Saline, Bel-Air,
se mirent en page
une dernière fois
Port-au-Prince
mosaïque de la misère
saignant à mort
de tous ses bidonvilles
tuiles-fer-blanc-rouillés
à l'infini...

Le ciel était immense
Je suis venu au monde
J'avais pourtant vingt ans...

( Février 1946)
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Pourquoi ?

Pourquoi ?
Puisque
la
bulle
lente
du
monde
roucoule
dans
ma
gorge ?...

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Paris, quelque part - 4 août 1946

Le ciel blafard et l'ombre muette
jettent leur valise au regard du monde
La faim gèle sa cadence
au pluvieux nuage que mord l'étain

Le vent céleste et la molle cerise
appellent la tendresse et le rire bruyant
Je vois mourir l'ombre des grands toits
et se tordre le gris des ardoises tristes

Je vois miauler
la couche d'asphalte
J'entends grincer pleurer la radio
et la joie

Et je dis au courant qui gratte 
l'espace
voici venir l'ombre vaste
des cyclones hargneux

Je boucle ma valise pour un port
plus doux
et je nage dans l'équilibre de la sueur
moite...

Paris 1946
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Faim

Le matin berce doucement
     un rêve
          d'étrange envie

le rêve de la faim
     qui dort
          et glisse sur l'intestin
                                   de l'appétit

La faim
     mot superbe
     et doux
     d'éloquence
     et de fatigue

Faim
     j'ai faim
     et je sommeille
     au grand jour
     de la faim.

Paris 1946
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Poème en si-bémol

Le noir de l'oeil est sorti
     sous la dent blanche qui craque
                            à mesure

La lumière et l'eau s'affolent
     pour un morceau de maïs
                            et de grain dur

Je lèche le cul-de-jatte
de la porcelaine brisée
J'écrème ma tendresse
et je plie ma pensée...


Paris 1946
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Bulle

Rêve d'ivresse
rêve de tendresse
je pleure
ah! mon dédain
délire
l'imperméable
se déchire
et je tends
doucement
la main
vers la porte
du vide

Paris 1946
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Tiens bon

La nuit s'en est venue
avec des pas d'enfants
Et le mystère de ses yeux noirs
m'a saisi tout entier

Qu'est-ce ce bruit lointain
qui monte de ma race
aux larges trajectoires
de lames ensanglantées?

Qu'est-ce cette odeur de poudre
et de rhum mêlé
sur les vagues incertaines
d'un océan houleux?

Une île à demi nue
aux plages d'or fin
signe sa découverte
à tous les flibustiers

La nuit est impalpable
et sa chevelure d'encre
se défait
et devient le destin

Trente-sept ans vont sonner
à l'horloge patience
Trente-sept coups de canon
sur ma frégate espoir

Mettons nos montres à l'heure,
à l'heure de l'exil
Je demande une minute de silence
pour le moment oubli

Va, petit gars,
moussaillon atlantique
grimpe sur la hune
et vois la Caraïbe

Va, petit gars,
dans la nuit qui t'abrite
Tiens bon, tiens bon
jusqu'au matin.

Toulouse - Mai 1983
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J'ai reconnu tes doigts...

Un jour tendre
est né
sur la mousse
auprès de la source de mes quatre ans

un anolis me guettait
sur une feuille de bananier
et les têtards dansaient

J'ai vu le ciel bouger
dans le reflet de l'onde
la brise s'enlisait
dans les branches
il faisait chaud

Les cocotiers grimpaient
le long de la lumière
les palmes grattaient l'infini

Les mornes découpaient
l'horizon de leurs lames
diaphanes
et la mer caressait
les lambis

Tu es venue
dans cette pure fontaine
sans que je puisse cerner
ce qu'était ta silhouette

Je sais que tu étais là
j'ai reconnu ta voix
j'ai reconnu tes doigts
et tes mains
douces
comme des papailles

Je sais que tu es venue
ce matin-là
dans tout ce que plus tard
j'ai pu nommer ma  vie.

Paris - Août 1983.
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Paris, un soir...

Le murmure des voix
a fait gonfler les voiles
de mon espérance

Beyrouth, le Liban,
ont atterri sur mon émoi

C'était un soir
près de la Contrescarpe,
à Paris...

J'ai senti au bord  de mes larmes le précieux mélange
de mes espoirs fous

J'ai su une seconde
tout l'amour du monde

Le Nord-Sud
a fait sa pointe de vitesse sur l'alleluia de mon coeur

Toutes les cordes de la Liberté
se sont mises au diapason
des peuples...

Nous étions là
en plein centre du Nord
étalant ses crédits au
Tiers-Monde
dans la nuit riche de la ville...

Un instant
j'ai bu
à la Caraïbe...
                                   
Paris - Août 1983.
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Loin de toi...

Je languis
loin de toi
sur la grève brune
J'aperçois
l'horizon
dans la brume
Je perçois
le son de ta voix
et je hume
ton parfum

Le chant sourd
des foules
monte des continents
et me saoule

J'entends
la houle
qui coule
en gémissant
et la soie ténébreuse
de l'ennui
s'enroule
autour
de moi
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La fenêtre est ouverte

La ronde du monde
m'entraîne
sur les tombes

Minuit passe
comme un train
au loin

Je languis
loin de toi...

Paris -Août 1983.
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En reportage dans un foyer
de la SONACOTRA à Massy.
                   

                                           à Martine


JE T’AIME

Dix huit heures
et je pense à toi...

j'ai copié le visage
d'un immigré
marocain

il fait chaud
je transpire
et je t'aime

je bois de la bière
et j'écoute
le marocain

il raconte sa vie
de travailleurs
l'exploitation

son salaire
ses amours
son pays

son loyer
ses lessives
ses grèves

Je t'aime

je t'aime
auprès
de ces hommes
près des bleus
de travail
de leur prix
des chaussures
de sécurité
des arrêts de travail
des réunions
de délégués du personnel
des libertés syndicales

Je t'aime

en écoutant 
les horaires
de travail
les mesquineries
des chefs
de chantiers
les mises
à pied
de la dignité

Je t'aime

en faisant le point
en arrêtant un geste
en capturant un regard

Je t'aime...
               

12 juillet 1977

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J'ai mal...

J'ai mal

         des heures qui passent
          sans ta voix

J'ai mal
         
          de ce qui t'entoure
          et te broie

 J'ai mal

          de leur bûchers
          de leur justice
          de ce qu'ils t'arrachent

          contre nous
          contre ton amour
          contre le mien

J'ai mal

          sans le bout
          de tes doigts...

Juillet 1977
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Le monde en fleur...

J'ai dit trois fleurs
          ce matin
          en ouvrant ton nom

Je suis entré
          je me suis  assis
          puis je t'ai écrit

Tu es arrivée
          tu as lu
          puis tu as souri

les fleurs-lettres
se sont mises à danser
elles ont fait la ronde
          en chantant

elles se sont posées
          sur ton coeur
  
elles étaient en bouquet
comme tous les bouquets
du monde

quand le monde est en fleur
et les coeurs en printemps...

27 Septembre 1979 Gennevilliers.
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Allo?... Martine?...

J'ai sonné
          à toutes les portes de la nuit
          pour te parler

J'ai refait dix fois le numéro
          de ton coeur

          mais tu n'étais pas là
          mon amour...

J'ai écrit ton nom
          dans ma tête

J'ai caché ta voix
          dans ma mémoire

          et pour dormir

j'ai mis ma main
          dans la tienne...


10 juillet 1977 - 1 H 30 de la nuit.
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Miel...

J'ai butiné
          ta voix
          au téléphone

comme une abeille


J'ai porté
          le pollen
          de tes mots
jusqu'à la ruche
de nos amours...

11 juillet 1977
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Ma fleur...

Elle a poussé
le long
de ma mémoire
cette petite plante

Elle s'est accrochée
au mur
de mes années

Elle a donné
la fleur
que tu es

Le long de ma mémoire
elle s'est ouverte
pétale par pétale...

16 juillet 1977
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J'ai prié...

Pour  Toi
j'ai levé les mains vers le ciel
et j'ai prié

Pour Toi
j'ai cueilli les étoiles une à une
et j'ai crié

j'ai crié
en gerbes d'étincelles
en coulées de béton
en fer
en bois
en acier

j'ai construit
l'Himalaya de mes rêves
j'ai lancé un pont
par-dessus les jours et les nuits

Pour Toi j'ai pleuré
en déchirant
les siècles
les censures
et les lois

Pour Toi
rien que pour Toi

j'ai levé les mains vers le ciel
et j'ai prié.

Paris 22 Janvier 1978
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J'ai besoin de toi...

J'ai besoin de toi
                   de ta voix
                   de tes rêves

J'ai besoin de tous
les pas de notre danse

J'ai besoin de ta musique
                   de ton parler
                   de ton rire

J'ai besoin de toutes les
lettres
                   de ton nom

J'ai besoin de Toi...

10 juillet 1977
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Seul
...

Ce matin est venu
avec des bruits d'oiseaux
le murmure de la Seine
sous le Moulin d'Andée
et la lumière d'un tour du monde

Ce matin est venu
presque comme un papillon
hésitant

pour me parler de toi
                                de ton absence
                                de mon inquiétude

Ce matin se lève en s'étirant

ce matin lourd de sommeil

ce matin seul
ce matin gris...

10 juillet 1977
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Au fil du temps...

Pour Toi

au jour le jour

au fur et à mesure

au fil du Temps

comme va la vie

frêle comme tes épaules

solide

comme

ton coeur

belle

comme ce que tu dis...


9 juillet1977
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En effeuillant la marguerite...

Un peu
         beaucoup

comme une marguerite


Un peu
         toujours

comme l'oiseau qui vole


Un peu
         passionnément


comme une guitare qui pleure

10 jullet1977
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1982...

Un regard
vide
sur un monde
plein de problèmes

Un regard
plein
sur un monde
vide de bonheur

Une phrase
vide de sens
une foule pleine
d'espérance

Et le petit enfant
que j'étais
a regardé le ciel
vide  de nuage
et plein de lumière

Mais il n'a pas compris
il n'a jamais compris
pourquoi la pluie
était cendre
quelquefois
pourquoi la vie
sentait de temps en temps
le souffre
pourquoi les abeilles étaient par moment
d'affreux hélicoptères
pourquoi le sang rouge
devenait noir en séchant...

Paris Sept.82
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Camargue 1981...


J'ai vu
tes seins nus-ligne-d'horizon
J'ai pointé mon émoi vers l'infini
de tes hanches-nacelles
arc-en-ciel-couleur-de-ta-voix-désir
J'ai tiré
le cabestan-délire de mon trouble
J'ai planté mon ancre
entre tes cuisses tièdes
Sur ta peau-plage
et dans le vent de tes paupières
je me suis étendu
sur ton sable
Je me suis baigné
dans ton rire-poisson
et je m'y suis
noyé...

Camargue - 1981
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Personne ne sait plus...

Paris était là
entre tes jambes
entre tes pas

De petites fleurs
poussaient dans ma tête
et sur les trottoirs

La musique de tes hanches
s'accordait en cadence
aux rues de l'Ile-St-Louis

La Seine doublait,
en tremblant de lumière,
Notre-Dame,
à l'envers,
et ton regard coulait
dans le ciel descendu...

Il a fallu cent ans
pour que je te retrouve

Des milliers d'hibiscus
fleurissaient ce jour-là
au fond de ma mémoire
c'était un Vendredi

Tu lisais "Le Monde"
ou tu faisais semblant
ton manteau blanc
t'écrivait sur le mur

Le soleil en effet
dessinait ta silhouette
Pourtant tout était gris
nous étions à Paris

Des années ont passées
des siècles et des siècles
et personne ne sait plus
quel prénom tu avais

Tu as fondu un soir
Il pleuvait sur la ville
et j'ai marché longtemps
en cherchant le Printemps

Je n'ai trouvé qu'Hiver
et des morceaux d'Automne

Je revois quelquefois
entre deux pavés bleus
le petit bout de ciel
que je t'avais cueilli...

Paris - Août 1982.
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Feuille morte...

Cuers dort
et le ciel pavoisé
des signes du zodiaque
se met au diapason de l'infini

La lune
le village
les toits confus
le bar-tabac "Ariel"
et l'ombre de l'église...

Un bruit de moteur
au loin
strie une fraction de seconde
le  silence
et la Nationale
ruban d'argent
s'efface dans l'oubli...

Un chien aboie
la gueule en feutre
un bout de vent
court sur les vignes
et vient lécher en murmurant
les tuiles
Un volet claque
minuit sonne en douze notes rouillées
le temps qui part

Je suis là
sans racines
feuille morte
sous un porche gravé
de quatre chiffres
pour marquer la mémoire

Cuers- Août 82
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Un peu pour toi...
Un peu pour elles...

Ton prénom
comme un affluent-souvenir
se jette enfin dans ma mémoire

Tourne les pales de mon moulin
tourne le blé au vent
tourne ma tête
tourne le coin de la rue
tourne le lait de tes dents vives
lait caillé de tes seins nus
tourne la Terre
tourne la ronde et sa chanson...

au gré de ta voix
au gré de mon désir
au gré de tes doigts...

Glissent tes épaules sous ma main nue
enflent tes hanches sous mon émoi...

Et voici en plein midi
                             l'Aube...

Comment dire l'Aube ?...
j'avais le mot, je l'ai perdu

mais il me reste ta silhouette
et tous mes mercredis

Quand viendra Jeudi
je serai Dimanche
et le son de cloche
sur Cuers endormie...

Cuers - 28 juillet 1982.
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Cuers,1982...

Les menottes de velours
que tu voulais d'acier
n'ont pu rendre captive
que ta propre fontaine
mais l'eau que tu répands
et que je bois
a gardé sa fraîcheur

Les menottes de soie
que tu voulais d'acier
n'ont pu que draper
tes épaules-lumières

Alors, je t'ai pris les poignets
mon amour
et je t'ai dévêtue...

Cuers - 28  juillet 1982
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Cuers, 28 Juillet 1982...

Pourquoi ce regard
étonné
venu du fond
de je ne sais
quelle ancienne Egypte
Regard de sphinx
chargé de pyramides et d'hiéroglyphes ?

Pourquoi cet oeil
anxieux
interrogateur ?

Pourquoi cet oeil unique de cyclope  ?

Pourquoi cet oeil comme celui de la tombe
qui regardait Caïn ?

Pourquoi cet oeil de cyclone
au centre de ton émoi ?

Pourquoi cet oeil-laboratoire ?

Je suis là
devant toi
première lettre de ton alphabet
premier point sur ton i
première goutte de rosée
au petit jour de ta confiance...

Cuers - 28 juillet 1982
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Le retraité...

Il est assis
avec sa retraite
au bout des jambes

La petite place l'enserre
de ses bras de platanes

Son regard
passe par la fontaine
pour courir la rue qui bouge
aux couleurs du Midi

Il est assis et rêve
sans doute aux compagnons
à l'établi

Il porte un peu d'usine
aux  creux de ses paupières

Ses bras sont fatigués
ses mains comme des outils rangés
attendent auprès de lui

Il est assis à l'ombre

à l'ombre de sa vie...

CUERS (Place François Bernard)-  août1982
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Les vieux...

Ils  s'étaient posés
comme des oiseaux
sur les bancs de l'hospice

Echassiers migrateurs
lassés d'un long voyage
ils regardaient sans voir
l'étranger que j'étais

Leurs mains calleuses
leurs doigts noueux et fatigués
gardaient encore
des formes de manches
et le bruit des outils

Venus d'où la sueur coule
Venus des champs
Venus des villes
Ouvriers des métiers dénigrés
Travailleurs des emplois méprisés

Ils s'étaient posés
comme des oiseaux épuisés
les retraités de Cuers
les oubliés du Travail
...........................................
en silence
............................................
sur les bancs de l'hospice...

Cuers - Août 1982.
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Cuers, Août 1982

Je jongle avec les mots
                avec les virgules
Je jongle avec les consonnes
Je lance les voyelles
Je jongle avec mon coeur
Je jongle avec toutes les lettres
                de ton alphabet
Je jongle avec les syllabes
                de ton nom

Et dans le cirque
                plein de lumière
Je jongle avec ma vie
                avec les années
                avec le jour et le bonheur
Je jongle je jongle
                et je ris...


Cuers 1982
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Juin 1980...

Ma main pour
te toucher
te  saisir
te sentir
pour t'aimer
te caresser
                     t'émouvoir
pour t'étreindre
te serrer
te peindre
pour t'attacher
                          t'enlacer
                       t'ensorceler
pour te battre
                          te casser
                          t'énerver
ma main pour t'applaudir
pour te montrer
pour t'adorer

ma main dans la tienne
simplement pour vivre

Juin 1980.
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Vous...

Vous étiez
mon amour
de double éternité
de double intensité...

Paris - 15 Août 1983.
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à Isabelle A...

Toute une vie
pour te trouver
quelques secondes
pour te vivre

Miracle d'un sourire
pour longer les côtes
de ton continent
 
La voix hurle du vent
sur ton regard
Un soleil sur chacun
de tes minuits
Le grand parfum de tes épaules
muscle les paumes de mes mains
Doigts frêles de ton image
au reflet miroir des matins
Léger comme l'air
ailes de papillon
Frémissant de rosée
dans l'écume des bulles
s'irise ton rire
et ta joie feu-follet de mes espaces
feu tendre à ma brûlure

Je te sonne en carillon
Je te capte
Je te bois calice de tendresse
corolle de fleur

        *
... Ivre de toi...

Août 1983
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Martine...

Je l'ai reconnue
à ses mains un peu gercées
à son toucher un peu sablé
à sa voix un peu passée

Je l'ai reconnue
à son odeur un peu sucrée
à sa couleur un peu soufrée
à son allure un peu huilée

Je l'ai reconnue
à son visage un peu grave
à ses joies un peu secrètes
à son silence un peu pesant

Je l'ai reconnue
à son calme un peu gênant
à son regard un peu brûlant
à sa mémoire de cathédrale

Je l'ai reconnue
à notre amour recommencé...

Paris - Août 1983.
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POUR T’ECOUTER ENCORE

Elle était...

Elle était si belle
                   si frêle
                   si douce
                   si jolie

Elle était mousse
                   feuille d'automne
                   bourgeons de printemps

Elle était cannelle
                   poivre
                   sel
                   et sucre

Elle était courbe
                   ligne
                   grâce

Ses yeux était lacs
Sa taille était musique
 
Elle était vol d'hirondelle
                   ailes de papillon 
                   goutte de rosée
               
Elle a passée dans ma rue
                   et elle a disparu...

Elle a repassé dans dans ma tête...
                  
depuis je l'ai revue...

Paris- Juin 1983
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L'automne a répandu
ses feuilles d'or
Et la pluie des mots
tombe sur ta solitude

La rue est vide de tendresse
et tu t'en vas le long des murs

Tes pas à petites caresses
glissent sur le trottoir
et ton regard à demi-nu
frisonne au vent
de l'oubli

Tu vas dans ce jour, sans espoir...

Paris - 15 Août 1983
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J'ai lu
dans tes yeux
dans ta voix
dans la beauté de tes doigts
ce qui ne fait que murmurer
au fond de toi

J'ai lu
ton inquiétude
et ta confiance mêlée
J'ai lu
ce que tu ne dis pas
ce que tu ne te dis pas
ce que je ne savais pas
ce que tu me caches
ce que tu te caches
ce que tu n'a pas voulu
lire avec moi
J'ai lu entre les lignes
de notre émoi

Je voulais déchiffrer
le code
de tes secrets désirs
Je voulais résoudre
l'équation
de toutes tes déchirures
Je voulais percer
l'énigme de ta solitude
Mais tu as soufflé sur la lampe
et je me suis retrouvé
dans le noir...

Paris- Août 1983
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Ouvre un peu la fenêtre...

J'ai toujours su
que la terre était ronde
et courbe de ta peau

J'ai toujours su
ton blé humide
et ton odeur de foin

Mais je ne savais pas
la galaxie de ton ventre
et ta voix d'écorce rose

Je sais désormais
que tout jaillira
comme un coquillage
de ton océan

Nous serons au mois d'août
dans le plus bel été du monde

J'ai toujours su te joindre
dans les lits de torrents

Il est des temps de rêve
           des temps de pluie
           et de saison

Il est des temps passés
           des temps présents
           des temps futurs

Il est un temps nouveau
           celui de fête
           et de baisers

La lumière est honnête
ouvre un peu la fenêtre...

1984
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Un peu d'histoire
sans parole
sans parler de
Napoléon
de Jeanne d'Arc
d'Al-Capone
ou de Poitiers

Un peu d'histoire
gaie
de dates heureuses
comme celle du jour
où je t'ai rencontrée

1984
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Il faisait beau
le gravier crissait
sous tes pas

Le bruit d'un avion
comme un tremblement
de lèvres

a passé sur nos têtes

La vie carillonnait
à toute volée

Tu es entrée
dans ma maison

1984
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Pour vous
j'ai bouclé
mon tour du monde

Pour vous
ce soir
la lune est pleine

J'ai bu
à la coupe
de la nuit

Pour vous
j'ai touché
l'espace

les étoiles
notre rêve
et nos destins.

1984
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Pas un bruit
dans la maison

La nuit viendra

attends

Le dernier soleil
posera comme chaque fois
sur la table
les feuilles-ombres
de l'arbre du jardin

Au loin
passe l'étranger
en voiture

L'heure viendra
de se glisser
sur les villes

L'heure est venue
de ne plus mesurer
le temps...

1984
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Je t'ai inventé
ce matin là
au soleil naissant

Il faisait lune
                    et doux

Les tambours dormaient
et Port-au-Prince frissonnait

Un requin
                    glissait
                                  dans la rade

La Gonave
                     s'allongeait
                                            sur les flots

Je t'avais fait céleste
et brillante d'étoiles
Je t'avais faite palme
et zéphir à la fois

Je t'ai inventé
                     quoique tu puisses faire
                     et dire
quoique tu puisse rire
                      te fâcher
                      et pleurer

Je t'ai inventé
comme une histoire de fée

pour te retrouver...

1985
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TIC TAC...


Il était une fois,
un soir d'automne...
...............................
Il était une fois,
un soir,
ce soir d'automne ci...
ici.....

Tic tac... tic tac...

C'était un mardi...
Paris frissonnait
et les secondes coulaient...

Tic tac... tic tac...

C'était un mardi...
un mardi d'octobre....
ce mois d'octobre ci...
...ici....

Tic tac... tic tac...

Cela se passait en mille neuf cent...
et je ne sais plus combien...

Tic tac... tic tac...

Il venait d'un pays
sans oiseau  sans chat
et presque sans forêt...
Il venait de là-bas...
Il venait d'ailleur...

..............................................

Ce soir-là... ce soir-ci... ici...
il portait avec lui son lourd fardeau d'exil
qui ne le quittait jamais.
C'était un grand demi-siècle d'exil et de rêves mêlés...

Tic tac... tic tac...

Dans son sac s'entrechoquaient
les certitudes, les convictions, les chagrins
et même des petits bouts coriaces d'espoir
qui en avait vu de toutes les couleurs...
...espoir vertige de sa terre maltraitée
mutilée déchirée...

Il retrouva ce soir là...
...ici... ici même,
sa mer bleue, ses palmes,
et de si nombreux visages amis
qu'il eut envie de pleurer
tant sa joie était forte...

mais les secondes passaient...inexorables...

...Tic tac... tic tac...

Il n'arrivait pas à chasser
de sa tête
les rescapés des fibres de l'horreur,

...Tic tac...tic tac...

Il était donc une fois...
Mais qu'entends-je ?

Déjà s'écoutent les clameurs fortes
               des foules solidaires
déjà s'étreignent les mains d'ouvriers
               du bonheur...
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Tic tac... tic tac...
............................................................
Un jour se lève en sa mémoire

Voici venir
              Jacques-Stephen-Alexis-la-colère
              Roumain, Perralte,
               les paysans du nord patriotes-cacos
               ceux du sud
               Marchaterre et les autres
                                       tracassés
                                       torturés
                                       massacrés
               Encore les disparus
                                       anonymes et fidèles,
                                       les larmes,
                                       l'atrocité,
                                       la peur...
              
               Demain est proche...
              
........................................................................
...Tic tac...tic tac...
........................................................................

Il était une fois, disais-je, un soir d'automne à Paris...
...ce soir ci
...ici...
.................................

Se profilaient dans l'ombre
parmi ses invités
Jamila, Hadj, Mohamed,
Tous venus d'Algérie,
exilés comme lui,
traqués, humiliés, pourchassés,
comme lui victimes d'avoir voulu
dignité, justice, fleurs,
et sourires d'enfants...

Il se sentait universel,
sûr de lui!
Nous étions à Paris!

Haïti-Algérie même luttes empierrées
dans le cauchemar de son île

Liberté droits de l'Homme
encore et encore
et toujours
malgré le vent malgré l'orage

Il faudrait souder le temps
aux secondes de cette rencontre
et pourtant...

Tic tac...tic tac...

C'est l'automne à Paris
les arbres ont la couleur du monde...

Il était une fois...
un soir d'automne à Paris...
ce soir d'automne là
ce soir d'automne ci

Ici... ici...ici...
Mais oui, à l' "Esquisse",
place du marché d'Alligre....

Tic tac... tic tac...


Mardi 4 Octobre 1994 -
à l'"Esquisse" - 11 Rue d'Alligre à PARIS.

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Tous ces textes sont  ©  Gérald Bloncourt-
Droits réservés- Reproduction interdite

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